Cela n’engage que moi!

Par Jean-Marie KREUSCH,

Président de la Maison de la Laïcité de Visé

 

Entre les bocages de Normandie et les contreforts de la Drôme Provençale, le temps s’est écoulé. Calmement, au rythme du repos, de choses simples, de paysages de chaumières fleuries et de rayons de soleil caressant  les peaux lézardées. Moment pour écouter le silence et voir plus loin. Distant de la frénésie habituelle du quotidien et de l’information envahissante quelques nouvelles m‘ont pourtant interpellé et titillé le clavier.

En voici un bouquet…

Ø  Ainsi Madame Michèle Martin recevrait l’hospitalité d’un couvent et de ses sœurs. Très bien, mais au-delà des questions d’argent (indemnisation des victimes, travail au noir) évoquées par les avocats des victimes et le choc pour celles-ci de pareille « libération », c’est un autre coin du voile (si j’ose dire) que je voudrais soulever. Que penser, nous autres laïques d’une société qui mettrait entre les mains de l’Eglise catholique Romaine… la rédemption, car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une criminelle ? La bénédiction d’un TAP (tribunal d’application des peines) et voilà que s’ouvrent grandes les portes, si pas du paradis, celles de la prison suivies par celles d’un couvent. Deux tours de clés et hop le repentir…

Analysons cette décision inadmissible par le paradoxe de l’absurde. Imaginez dès lors un athée placé pour les mêmes raisons en prison. Qui lui ouvrirait les portes ? Les mêmes sœurs (on dira un monastère pour les messieurs) ? Probable. Et si notre athée, par conviction philosophique refusait ? Pourrait-il alors intenter un procès contre l’Etat belge, à la cours des droits de l’homme  pour discrimination philosophique ?

Raisonnement provoquant ? Si vous le pensez ne lisez pas la suite. Pas du tout ! Je cherche ici,

clairement, à montrer la collusion, une fois de plus, entre choses de l’Etat et choses de l’Eglise.

Pour cette raison également la demande de Madame Michèle Martin et surtout la réponse

des sœurs de Malonne est loin d’être anodine. Clairement le message indirect est que cette

accusée jugée coupable se repentira dans un monastère. Comme au bon vieux temps.

(Source : « Le Soir » du 10/08/2012)

Ø  Monsieur Tom Cruise,  grand adepte de l’Eglise de scientologie, n’est pas content (Source : « Le Soir » du 08/08/2012, relayant le New York Daily News) semble-t-il.Il aurait piqué une grosse colère après une projection privée du film « The Master » du cinéaste Paul Thomas Anderson qui ferait le procès de l’Eglise de Scientologie. Voyons ! Bonne publicité en tout cas…

Ø  Anecdotique ? Pas tellement. L’Eglise St-Laurent de Soumagne va recevoir une subvention de 294.011 euros pour la restauration de la toiture et de la charpente et d’autres travaux. L’idée est ,paraît-il, de valoriser le patrimoine touristique et économique de la région. A quand des cars de visiteurs Japonais ou des city-trips ? Dommage d’avoir oublié d’y associer quelques usines, vieux ponts, monuments dédiés à nos anciens tombés pour nos libertés, ou « Maisons du peuple », patrimoines eux souvent laissés à l’abandon et tout aussi parlants de l’humanité laïque.

294.011 euros !

Il y a moyen d’en faire des choses du côté de la santé, de l’éducation, du sport pour tous et des plaines de jeux, de la recherche, de la sauvegarde de la nature, des personnes handicapées et de lutte contre la pauvreté avec ça… (Source : « La Meuse » 20/07/2012)

Ø  Trois ans de prison pour avoir chanté dans la « Maison de Dieu » ?

C’est le risque encouru par trois jeunes filles militantes à Moscou. Mesdemoiselles Maria Aliokhina, Nadedja Tolokinnova et Ekaterina Samoutsevitch, les « Pussy Riot », qui ont eu « sacrilège !» l’audace le 21 février 2012 de chanter dans la Cathédrale du Christ-Sauveur (dans ce cas, si ce nom n’existait pas il aurait fallu l’inventer !) de chanter « Sainte Vierge chasse Poutine ! ». Ce dernier, grand maître de la très respectable Russie, pays admirable à d’autres titres, aurait réclamé une peine modérée. Soit. Le pire dans cette histoire, outre l’injustice et la suite qui sera donnée au parcours des trois « rebelles », c’est que (alors que la défense en fait une affaire politique) les Procureurs, dixit LE SOIR « cherchent par tous les moyens à nier son aspect politique. Selon eux, les cinq filles (deux n’ont pas été arrêtées) voulaient par leur action déstabiliser la sainte Eglise orthodoxe et offenser tous les croyants. Il s’agissait d’un acte haineux contre le groupe social que constituent les chrétiens orthodoxes… ». LE SOIR poursuit que selon la défense  « … Leur objectif était de dénoncer l’appui public du patriarche, Kirill, à la candidature de Vladimir Poutine à la présidentielle du 4 mars, et plus globalement, les liens étroits entre l’Eglise et l’Etat russe, censé être laïque… »

Ce qu’il y a à retenir, c’est que la « très sainte église orthodoxe » et son patriarche restent murés dans un silence complice face au risque d’une condamnation inéquitable. Religion d’amour, vous avez dit religion d’amour ? (Source ; « Le Soir » du 08/08/2012)

Ø  Nous en parlions dans l’édito de notre Bulletin semestriel de la Maison de la laïcité, notre société doit se méfier, surtout nous laïques, de ces accommodements raisonnables… le plus souvent irraisonnables. Dénonçons. Le dernier en date est signé du Comité olympique qui  a accepté de voir une athlète Iranienne, ceci sous le prétexte fallacieux que c’était une avancée de voir des femmes de ce pays au jeu, combattre voilée. Vous me direz que, pour allumer la flamme, des centaines d’athlètes ont porté à travers le monde un flambeau… Et si on interdisait ce signe distinctif au jeu ?

Ø  Le coût est de 2, 5 millions d’euros. De quoi ? De la circoncision pardi !

En dehors de considération philosophique, médicale, éthique ou encore de droits de l’enfant à son intégrité physique, c’est effectivement ce que sort de ses caisses la sécurité sociale chaque année pour rembourser un acte non obligatoire sur le plan de la santé et qui ne relève ni du soin ni de la prévention ! Est-ce juste et équitable ? Il nous est d’avis que non et faisons une proposition logique, c’est que chaque enfant mâle reçoive à sa naissance, quel que soit les convictions de ses parents, une prime équivalente au remboursement. Aux parents de l’utiliser selon leurs idées. Simple, non ?

(Source : « Le Soir » du 10 août 2012)